30.4.09

LOve On tHe BeAT

Aucun rapport avec malheureusement une " oubliée " de la chanson.
Pour toi, Buzy !

21 avril, 21h30, Nawashibari, le silence

"Notre mission sur la Terre est de transformer le monde en immense BORDEL." (Pierre Molinier)

Mais non ! Non ! Le silence gratte…ça gratte aux entournures, ça vous fait monter en pression.

Votre fils dévoué.


L’aube n’est jamais prête que de là-bas on voit la rive boueuse s’étendre.
Je m’étreins à… gisant de gris, d’un gris à fusiller tous les pastels du monde.
Je m’éteins, puis ranime la bougie, le croissant de lune .

L’idée, l’héroïsme, en Eden paraplégique.

Elle cambrée, le petit serpent sur son épaule. Il bouge, tressaute. Je le vois bouger. Désyntaxé.
Je réunis les liens qui nous désunissent.
Interview, interrogation écrite . Écrits , tu, tue, ballet-boots, singes, six, cinq songs.

Rubrique lue, brique, rougeurs.

J‘arrive. Mes souliers boitillent. Sa robe fusain. Elle, je soulève, je bruisse.
Perpétuité du mouvement de ses seins en se déplaçant, , relie le tracé de son pouce à mon index.
Dans sa bouche. Méthode brute, à six mille.

Black is back. Tortue-moi. Tout. Je veux. Je… hein ? Inspecteur.

CQFD, le cœur bandé, elle obéit au télégramme.
Maximum reboot. S’autant, se penche. Et son rire douloureux , en files de perles. Message.

Ah oui ! Non oui !

A l’envi, la meurtrir, formalités des frontières. Déplacement dépassé. Dépassement.
Porte B. Homme-cinéma, femme fractale , Venise sous la glace.
Muleta. Passe-passe. Anhélation dans la pénitence des effluves.
Cash-cash. Des battements. Mesure. Séance de sculpture. Déscrupule en papillotes .

Lucarne, ton imposture pause.

Quand nous fermentons la fixité et que nos regards tombent.
Qu’ils se meuvent comme des crachats animaux dans l’éternité.

He's MONEY

Montage Eric Bensidon

28.4.09

Le ROC BRANLANT


Plusieurs tonnes et plusieurs siècles. Dans mon enfance, il m'est arrivé de glisser une pièce de monnaie sous le roc afin qu'il la torde.
La légende disait que ça portait bonheur...!


Le Roc Branlant
envoyé par St-Estephe

"Le jour se lève, ça vous apprendra."

Jacques Rigaut.

27.4.09

L’atelier

Superbe texte que je me permets de mettre sur le blog.
Par Akinorev le 26/04/2009 L'ATELIER

Une bille de plomb minuscule me nargue.

De gauche à droite
De droite à gauche

Elle accélère au courant d’air.
La page s’étire et baille, fait le gros dos, se griffe aux agrafes. La bille est prisonnière entre deux lignes.

Dehors, Marine traverse la chaussée. Ses seins roulent sous son pull rayé.

La plume transperce le papier comme une flèche de Cupidon. La bille se fige dans le trou.
Le porte-plume, jeté dans l’encrier, éclabousse le cahier. Des fourmis déambulent, conciliabule, sur la feuille. Elles font la ronde, s’abreuvent des gouttes violettes. J’en tire une par la patte. Les lettres se resserrent. Je tourne la page et la lisse de la main. Marine se couche nue dans la marge. Les fourmis reviennent. Elles s’amassent le long de la ligne rouge. Marine remue, princesse au petit pois (tout petit). Ses fesses sont blanches ; son corps irrigué par des veines bleues. Quadrillage.

La fenêtre tremble. Dans la rue vide, volent les papiers gras. Eliane est partie au loin le vent tresse nos soupirs.

Marine a faim.
« - Si nous jouions au Poker, lui dis-je.
- Je suis déjà à poil, me répond-elle. »
Je lui tends un bas de soie. Elle le déroule sur sa jambe. New York. Les bruits du marché montent jusqu’à l’atelier. Marine à l’encre de Chine. Mon modèle me tue. Les larges vitres sont immobiles sous le givre. Je donne mes frites à Marine. Elle les enfonce dans ses lèvres. J’éjacule sur le tapis.
Les fourmis se sont frayées un chemin. Elles s’engouffrent par la petite porte dans la ligne rouge brisée. Marine se tortille sous les piqûres. Les insectes lui pénètrent le corps. Au fil des pages, elle se dessèche. Je peints la mort. Au fusain. Le tapis est bleu marine.
Des escrocs me guettent à la sortie de salles de jeu. New York se fait justice. Le poisson jaunâtre dans la barquette sent le souffre pourtant Marine me tente toujours. Je tourne les pages à l’envers. Ma main se ride.

Dehors le vent se pose. Je sors le chien. Dans les poubelles, je cherche la trace d’Eliane. Son rire PVC. Papiers gras. Des tresses.
Prisonnières entre deux trottoirs, les bouches d’égout me regardent. J’aperçois Marine par le hublot de sa salle de bains. Elle chante et j’imagine ses gros seins dans l’eau. Noyés.
Le dog est lent. La porte est massive. Dans la chambre, la plume m’attend.


Les fourmis parlent vite. C’est bientôt la fin de l’histoire. Quelques toiles sans cadre. Un trafiquant d’art, trois putes et des œuvres maquillées. Le cri dans un bateau.
Il reste quatre pages au cahier lorsque je mets le point final, minuscule. Comme une bille. De plomb.

Ma chambre est un Van Gogh et le lit sent le bleu. La rue est raide. Marine me suce encore. Les volets claquent et le plafond blanchit.

New York dort sous la neige.

Le JE de la vérité

Le chagrin ne tue pas seulement les vivants, il tue aussi les morts, il les enterre deux fois.
Ils partaient de l’île de Gorée comme des cochons que l’on transporte vers l’abattoir. Course effrénée à travers l’Atlantique, il était un petit navire.
Sur mille, il n’en restait que cent, faméliques, qui parviendraient à bon port.
Victuaille, marchandise déhumanisée que l’on destinait à la récolte du coton, plus tard une autre humanité en robe blanche, dégâts des os, lynchage et pendaison.
« Cinq, six, de la chair que trop avons nourrie… »
Chère madame, je vous offre ce bouquet de fleurs ! Des bonbons sucrés au vitriol, de la Ventoline aussi…
L’humiliation connaît ses propres dames, ses propres drames.

Début des années 80, j’arrête mes études. Plutôt non. Ce sont-elles, elles me prient de m’arrêter tout de suite. Voie sans issue, grosse rigolade. Quand est-ce qu’on mange ? Comme me le disait hier mon charcutier préféré, je n’ai pas peur du travail mais c’est le travail qui a peur de moi.
Interruption de séance.
Le monde est d’une grande cruauté, mes craintes deviennent des doutes puis se transforment rapidement en peurs, un foisonnement d’idées lugubres me lacère les deux hémisphères. Le manège des chevaux de bois, je suis assis sur un dromadaire, la queue de Mickey est un rêve aperçu au dessus de nulle part.
La couleur jaune est terne.
Je commence à tenir un journal intime sur un cahier à spirales, format grands carreaux, avec un stylo qui me sert de peigne puisque j’ai commencé déjà à perdre mes cheveux. C’est pratique un stylo, on peut écrire avec ou s’amuser à tourner les aiguilles d’un rêve, avec un stylo certains mêmes parviennent à se gratter le dos en toute bonne conscience.
Là-bas, là-haut, immeuble de la cité U, je défraie la chronique. Saucisses-lentilles à midi, lentilles-saucisses le soir, je fais un break, une cigarette puis directement je me précipite sur un pot de yaourt nature. Il sent un peu la marée montante car il n’a pas vu le frigo depuis trois jours.

Magnéto Serge, on rembobine. Envoie le bousin !
L’intelligence peut se mesurer. Il existe certaines règles de calcul très savantes, des probabilités vérifiables. En classe de quatrième, mes premiers pas de sournois me conduisent à fouiller le bureau du directeur et je découvre en apprenant mes résultats au test de QI que j’ai un niveau 110, donc normal, blanc, bien peigné mais toujours aussi triste. Engoncé dans une éducation rigide, pseudo-Gaulliste, un Ave et deux Pater chaque soir. Comme ça on pourra pas dire qu’on a pas fait notre devoir de parents.
Mes camarades, disons mes collègues, font du sport, découvrent le touche-pipi, les premiers pelotages, arrête tu me fais mal avec tes mains ! Moi je lis. Cet intérêt supérieur inquiète mon entourage. A l’envi, on me répète, on me crie, on m’hurle dans les oreilles que je ferai toujours partie d’une classe sociale moyenne inférieure. Mais tant pis, je continue à lire et pas que de bonnes choses. Du dernier numéro d’Union caché sous le lit de mes parents jusqu’au journal d’André, vous savez celui qui disait qu’on ne fait pas de la bonne littérature avec des bons sentiments. Puis, le dos tourné pendant qu’on ne le voyait pas, il faisait monter sur son ventre de jeunes arabes et leur apprenait à faire l’hélicoptère.

Donc, pendant que les autres commencent à humer les lèvres mouillées des filles, tout seul avec ma main je joue au docteur. Plus tard, je veux faire avocat, mieux comédien, monter sur les planches, ils m’acclameront, les femmes du monde m’enverront des fleurs, je mourrai sur une scène à 33 ans, les bras en croix. Mon père sera charpentier.
J’espionne, je me ferme, je suis déjà un traître, je regarde par le judas mais je ne vois rien, sauf une vie qui ne m’appartient pas, cette vie que je refuse et qui ne m’appartiendra jamais. Oui, quand je serai un célèbre comédien, un Brando, un Dewaere, Un Simon, un …quand je serais, je les baiserai toutes, celles qui m’ont fait baisser les yeux jusqu’à mes chevilles, je les baiserai avec mes mots, avec mes mains.
Complexe du petit gros.
Je ressemble à une fille avec mes longs cils et mes cheveux longs. Ma couleur préférée c’est le rouge, sa troïka magique, sa bande à Baader, ses brigades rouges. Je suis à la gauche de la gauche mais je n’attire que les mouches. Rousseau vient de me filer sa mononucléose, discours de l’inégalité entre les propos et les actes. Tout se déroule très logiquement, je deviens autiste mais personne dans mon entourage ne s’en aperçoit. Sur mes genoux un chat se prélasse, je pourrais passer des heures à le caresser. Cette complicité n’effraie personne. Mieux, elle rassure le quidam qui ne se doute de rien, pas même de l’incendie qui ravage ma tête , brûle mes yeux.
Un si gentil petit garçon et poli avec ça, bien élevé. C’est dit, je finirai fonctionnaire comme papa.
Une obligation de réserve m’obligera à me cacher la tête sous l’oreiller le soir en oubliant qu’elle me fait mal.
Le bon dieu est un fieffé coquin, il m’a légué la chance, cette putain de chance qui m’a aidé souvent à passer au travers de la mort. Braquage, contrebraquage, j’appuie, j’accélère, la vie dans le fossé, et le rétroviseur de toute une vie humiliée.
Les larbins, souviens-toi Paulo de ce que je t’ai dit sur l’île de Gorée, esclaves de leur race, de leur couleur de peau, moi l’esclave de ma condition sociale, et du lavage de cerveau de cette société qui m’a oublié là sur le bord de la route.
Toutefois, il n’est pas question d’abandonner, aussi chaque jour qui passe est une occasion de plus de remettre les compteurs à zéro. Et pour remercier l’autre, celui a les bras en croix là-haut, je l’insulte, je le trahis, je l’atomise tel un scorpion que j’écraserais sous ma chaussure. Je mets les fringues de maman, devant le miroir je fais la pute, je danse.
Mal.
Pendant que les copains jouent au foot le mercredi, j’invente des jeux. Avec des allumettes, je fous le feu à un arbre. Pas vu pas pris. Puis l’envie folle de me livrer à un acharnement total. Avec les allumettes toujours, je passe certaines journées d’été entières à me frotter les bras et les cuisses. Je frotte, je frotte, ça brûle, ça fait mal, dès que la croûte est sèche je l’arrache, la peau à vif j’en remets une couche. J’aime ça, ce corps qui me dégoûte, ce besoin presque clinique, sauvage, de me faire mal.

Devant moi, toutes les portes sont fermées, j’ai de plus en plus d’efforts à fournir pour tourner la clef.
Je me tire des balles dans le pied. Des balles à blanc il va sans dire. Mais j’y pense fort. Je pense à l’arme de service de mon père, cachée dans l’armoire. Personne ne s’en doute une seconde mais je sais où il a rangé les balles. Le maniement complexe de mon cerveau m’indique qu’il faut que je renonce à ce projet funeste.

– Dis Olivier, pourquoi tu souris ?

Parce qu’on m’appelle Lol, parce que j’ai de la bière qui coule dans mes veines, et que Laura m’attend, ma Laura Davies, mon petit ange au sourire diaphane, mon ouvrière des mines de charbon sous le ciel fumeux et roide de La Galles du sud.
Elle m’attend, et la route monte, elle grimpe.
Tous les deux, Laura, tu sais, on offrira des fleurs aux amoureux, des baisers aux oiseaux et on volera , on se décomposera à la vitesse de l’étrange, devant un arbre aux souvenirs.

Sur les veines du marbre, je te lirai les poèmes d’Apollinaire, au dernier virage je m’endormirai pour mourir et ce ne sera pas la première fois mais la dernière. Sur un accord de violoncelle, le vieux vaisseau s’en ira voguer sur des mers si profondes qu’aucun instrument de mesure ne peut vérifier.
Pas même la vérité.

Par JONQUILLE

LAUTREC

IL; Toulouse-Lautrec, ce nabot génial m'a toujours fasciné. Une vie hors-normes dans un corps hors-normes.
Beaucoup de souffrance, beaucoup de pudeur aussi et les lettres sublimes qu'il écrivit à sa mère...

26.4.09

Bukkake channel

Reprise du train-train demain. En attendant, le partage d'une coutume ancestrale et qui fait toujours fureur chez nos amis japonais, vous pourrez toujours lire Abé Kôbô , La femme des sables.


ROMAN AVEC COCAÏNE

Sorti dans les années 30 et réédité en 1983, date à laquelle pour la première fois je l'ai lu. Un grand mystère entoure l'auteur dont on n'a jamais su qui il était vraiment...
Nabokov, sa femme, ou tout simplement Agueev lui-même dont ne sait rien ou presque.

"On se doit de dire ce que tout romancier rêve d'entendre. Agueev est un génie, son Roman avec cocaïne appartient à ces rares livres, émouvants et complexes, que l'on referme avec la certitude d'avoir suivi ligne à ligne le cours même de la vie."

Jean-François Fogel, Le Point.

25.4.09

Tombeau Miroir " Klaus Barbie et les poupées "


Je te croise.
On se dit bonjour, bonsoir.
Je fais la vaisselle.
Tu pars.
Je reviens.
Tu repars.
Je me roule une cigarette.
Je bois un verre.
Tu mets la table.
Je dors.
Tu démarres la voiture.
Allô, t’es où ?
Nulle part.
Je travaille.
Moi aussi.
T’es en retard.
Pas toujours.
Demain.
On fait quoi ?
On fait l’amour ?
T’as mal ?
Passe à la pharmacie.
T’as oublié d’acheter le journal !
Tu lis mes mails ?
Non.
Je m’en fous.
Alors quoi ?
Non rien.
Ce Jeans te serre.
On voit mon string ?
Oui.
T’es pas jaloux, t’as dit.
Je l’ai dit.
Je ris.
Tu pleures.
C’est la vie.
On s’en fout.

C’est la vie.
Ca continue.
C’est comme ça.
Piano, guitare.

Air.
Emphase.
En phrases.
Il neige de rien,
Il neige, pas à pas.
Il neige, il ne pleut pas encore, il s’éteint.
Il neige en pleurant. C’est doux.

Qu’as-tu fait de cette putain de vie ?
Qu’as-tu fait ?

Eternelle, symétrique plaie. Expier la pâleur. Eternelle, symétrique plaie.
Les vers noirs du sépulcre.
Convulsifs.

Il ne neige plus, il pleut.
Il pleure.
Tu chagrines mon vieux.

Tombeau.
Miroir.



Klaus Barbie et les poupées
L' aquarelle du boulevard fané par l'ivresse

LA MOSCA

Je viens d'ajouter un lien de blog, original et charmant... Sinon:
pluie & footing


ET un hommage à une "écrivaine", LA MOSCA.

Ça ne fait rien.

Il y a des mots purs qui ne sauraient se dire. Et des mots impurs pour qu’on les dise. Et des silences qu’on ne voudrait pas apprendre.

Qu’est-ce que tu veux je te dise ou que tu voudrais que je te dise ?

Il y a des chemins et nos pas qui ne se croiseront jamais sans doute.
Ca ne fait rien.
Il y a la chute de Camus. Et puis des soldats blessés. Des larmes qui t’attendent.
L’aube sans jamais venir et qui ne vient plus.

Il y a tellement de choses que je ne m’en fais plus.
Je t’en prie, laisse-moi un arbre.

Des mots sous les branchages.
Que j’y aille pleurer la tendresse que tu attends, seule.
Là-haut, nichée dans ton nid.

Tu sauras qu’il y aura des milliers de souvenirs, des avions sans peur pour te faire la fête.

Avant de m’envahir, tu m’avais habitée.
Ces rires, ces phrases soudaines, autant qu’en emporte un amour.
Nous nous reverrons sous le tunnel à l’infini.

Et un des meilleurs groupe pop des décennies passées.
Superbe chanson-souvenir

24.4.09

LAURA et le silence fût



Irisé d’un ciel bleu lumière, à dessiner le contour des paroles effacées, il est minuit sur mon MUR.
J’entends se froisser ma déraison, comme un vieux Pascal.
Il vaudrait mieux m’apercevoir que m’échapper toujours.
Cependant que le mur fait courroie, je suis en Galles du Sud, je fais l’amour à des barreaux de prison.
Laura, laisse ma peine me traverser de mille souvenirs. Laisse-la se promener, battre des ailes et faire le vautour. Laura, ne dis rien puisqu’il n’y a rien à dire.

Ces vastes chiens nous regardent, troupeaux noirs, crinières du souffle ravageur, ils ont leurs yeux arc-boutés, ce ne sont pas des anges.
Un temps existe, a existé. Je ne suis pas très à l’aise dans la mythologie alors je lui préfère l’obscurité d’un verre de vin rouge. Mes mains étaient faites comme des syllabes, toutes prêtes à caresser notre destin, mon invisible.

Ma belle, entends-tu les grandes orgues encore ? C’est cela la solitude du voyage.
Au final, l’admiration est un parcours sans bornes que je te voue. Quand les secrets se découvrent immergés au fond de la mémoire, les pieds frottés de tressautements, la beauté est un cheveu blanc.
Le mien, celui que j’ai laissé pousser dans tes mèches, un soir de printemps, sur cette pelouse où les petits garçons et les petites filles s’étendaient au soleil, et qu’ils se donnaient des baisers furtifs dans le cou, que l’orage approchant nous nous sommes mis tous les deux aussi à genoux. Priant le ciel qu’il nous protège, qu’il ne nous donne pas des rêves mais du silence, qu’il nous donne de l’amour, le seul cadeau du ciel.


Mon ange, ma douceur.

Je t’appelais « MAO » dans mon petit livre rouge.
Et sans chercher à te chérir je cherchais à te sauver.
Il n’existait pas de contrées immenses dans lesquelles je n’aurais pu te rencontrer.

Il n’existait pas de mots que je ne puisse te dire…

Laura, je fus ce que j’aurais voulu être.
Je voudrais m’autoriser certaines coudées franches mais je ne le puis pas.
Un passé sans gloire, une certitude qui ne s’accompagne mais s’embrasse. Un devenir de vos yeux, et dans la pusillanimité qui voudrait exprimer la foi, je cherche dans la prise de mon inconscience une image.

Toi, Laura.

Les anges n’existent pas.
Ce phénomène est une infériorité qui plaît à la masse d’individus sans âme, et pour qui l’amour est un gamahuchage de sentiments, une manière morne.

Il n’y a plus de lumière, Laura,

Lève-toi ma douceur, et marche. Viens jusqu’à moi.
Viens jusque à mon repos éternel.
Jusqu’à salir mes lèvres de tes baisers mouillés.
Je te ferai un paradis de mes pensées. J’invoquerai Dieu et le Diable.
Je te dirai l’allégresse des cendres, le sommeil hors de l’eau.

Pour toi, j’inventerai la forme.
Un rêve crucifié.

Tu viendras poser ta main étrangère sur ma main étrangère.
Puis je me détacherai.
J’irai me cacher derrière le rideau.
Tu me chercheras.
Nous avancerons comme deux chevaux masqués.
A notre rencontre.
On se touchera du bout des doigts.

Je dirai : « Il ne faut pas pleurer mon ange. Tous les chevaux sont fous. »

Laura ne répondit pas.
Elle fit le lien, l’échiquier, deux pièces qu’elle posait tout doucement.
Sans visage, je restai là.
Interdit.
L’art de feindre, si Machiavel m’avait dit…

Laura est belle et elle file comme les maisons au-dessus du soleil.
Quelque infortune que ne puisse supporter ma peine, vous ne lui écrirez jamais de lettres pareilles.
D’ailleurs, je ne vous en donne pas le droit.
Laura est à moi, elle m’existe.
Sa peau vient des profondeurs.
Elle a tout le temps et je n’ai jamais le mien.

Sans vous Laura, et le silence fût :

«Vous êtes bien belle et je suis bien laid.
A vous la splendeur de rayons baignée ;
A moi la poussière, à moi l'araignée.
Vous êtes bien belle et je suis bien laid ;
Soyez la fenêtre et moi le volet.

Nous réglerons tout dans notre réduit.
Je protégerai ta vitre qui tremble ;
Nous serons heureux, nous serons ensemble ;
Nous réglerons tout dans notre réduit ;
Tu feras le jour, je ferai la nuit.»

Ma Laura,
Les pornographes sont déchirés, les amis tous partis. Je suis votre troisième sexe, l’enfant-soldat.

A Pontypridd, Laura.

Chant des Gaëliques.

L’homme qui ne se respecte plus. L’homme sans nom, aux bras croisés et dans les miroirs de l’altitude il se complaît, l’animal du plaisir; à lécher vos pieds, à se laisser conquérir par l’odeur de votre beauté difforme.

Je m’en vais dormir dans la vitrine du photographe.
Démentir ou se battre, serait-ce le même thème ?
Le crime est parfait parce qu’il tue.

Je vous avais fait découvrir Alger et ses enfants de la rue. Comme nous-mêmes.
Innocents guerriers que le monde sans relâche aurait l’aura de la manière la plus forte à vouloir faire disparaître. Autant qu’il puisse être excellent, le soir tombe, le vin monte, si je vous disais les immenses conflits que j’ai eu avec les hommes, si je vous disais, je suis de retour chez moi, je regarde à travers la vitre. Je ne vous y vois plus. Le lyrisme est parti. Les lits en cathédrale, les petits baisers du matin, les clefs qu’on oublie, et cette furieuse senteur de votre parfum…

En vingt et une lettres, je vous le dirai.
Un ciel qui ne s’arrêterait pas de pleuvoir.

Attends-moi petit coquelicot, les peines d’amour sont les seules dont on se souvienne vraiment.
Vraiment parce qu’elles nous appartiennent.
Parce que ce sont les seules qui fassent souffrir vraiment.
Je suis ému de toi. Et la voix qui m’emporte dans ce gouffre sans parois me rapproche à grands pas sans la certitude que vous n’existiez pour moi.



Le guerrier est fini


La passion érigée-
Qu’on éructe faisant fi du désespoir

Alors-
Comme un damné se tordant
-A la branche de l’accordéon-

Je plie cartable et j’installe ma paume
Mes mains bandent le cœur de l’arc : sur pilotis pleuvent les alarmes,
Puis déchirent,

Mes mauvaises pensées
- Tu les liras au pied de l’avion
Sous un ciel de colle

De l’été joyeux rien ne restera
Et défaire
L’amour de la veille
-Ma beauté

Pas sans
Liberté
Pas sans toi / jamais avec

Le vent me vole
J’ai froid
Ma peau mes écailles
Et les yeux clos
Sur le tarmac je te laisse
Mon soleil rouge.

Le guerrier est fini
,
Il se repose.

L'apnée d'une lettre aux mortes

Dans le Jura et ses petites montagnes, nous avions bu du Vin Jaune sur du poulet aux morilles.
C’était le restaurant, là-haut.
Je voulais voir deux femmes faire l’amour. Les toilettes de là-bas, du buisson derrière.
Dans le Jura il fait froid, et assez souvent il arrive que l’on croise des flocons de neige. Et des femmes infidèles qui mettent des jupes longues pour mieux décroiser les jambes.

« Val » , Valérie. Brune comme une moissonneuse du siècle dernier. Engoncée dans son grand manteau, elle a attendu que je lui ouvre la porte. Elle joue à la dame.
Après l’amour, elle m’a susurré. Après l’amour…
Je n’ai pas compris ce qu’elle voulait me dire.

A l’apéritif, je suis resté sobre et je n’ai bu que trois Whiskies. Puis je me suis fini au Jack Daniels en sortant fumer dehors. En passant devant les tables, les clients m’ont regardé. J’ai pensé qu’ils étaient plus bêtes que moi. Je les ai regardés d’un air suffisant. Ils n’ont pas souri. Je crois que je devais avoir l' air triste. Soupir d’un verre à moitié plein, à moitié ivre.

Je ne suis pas resté longtemps dehors, sur cette terrasse gelée. J’ai tiré une ou deux bouffées, comme si le désir semblait plus fort que le chagrin.
A l’intérieur, deux femmes m’attendaient.
Dont l’une ne m’avait jamais attendu et l’autre ne m’attendrait jamais.
Après l’amour…

Elles l’ont fait un peu devant moi mais je n’ai pas su prendre de plaisir. Quand elles sont parties, Valérie et son amie se sont enlacées en cachant leurs têtes. J’avais peur de mal faire si je les insultais.
Alors, j’ai mis mon cœur de côté et j’ai pleuré.
Et j’ai pensé qu’un jour, j’écrirais aux boules de neige et à toutes les envahisseuses de ma nuit…
Et puis parce qu'il faut bien de temps en temps justifier l'avertissement à l'entrée du blog, et puis parce que c'est une scène culte qui m'a inspiré un texte encore non terminé dans mes archives...
" Tiré " (sic!) d'un vieux porno des eighties.
Les " dialogues " sont moches et je n'ai pas su comment mettre une autre bande-son, dommage...


23.4.09

Il fait beau

Ah ! ça va mieux, 35mns de footing-cross ce matin, pas totalement à jeun mais presque à cause d'une prise de sang.
Manque un peu de souffle au-delà de 7/8kms/h mais c'est logique. Mes deux paquets de clopes quotidiennes n'y sont pas pour rien.
Il fait beau et il y avait de la rosée ce matin.
Tiens, j'ai récupéré dans une poche poubelle à moitié ouverte, " Le premier cercle " de Soljetnitsyne...les gens jettent n'importe quoi !

Epitaphe sur la tombe du Baron de Waterbath, ministre de Saxe.

" Passant,
Dans ce tombeau gît un homme de bien,
Qui permit de tout croire, et ne crut jamais rien."



De François Béranger, cette chanson:

Natacha

Ton nom est déjà un voyage

A quoi bon dépenser nos sous
A partir et pour où
A partir

J'aime mieux les rivages ombreux

De notre grand lit aux draps bleus
Où l'on découvre des merveilles


Natacha

Ton ventre est une plaine à blé

Où le Lion court après la Vierge

Dans le soleil de Juillet

Et la plaine

Quand elle finit c'est pour venir

Caresser des montagnes douces

Où je cueille des fruits délectables


Natacha après les monts après les plaines

On arrive dans un pays

Où les mots ne peuvent plus rien dire

Un pays
Où je crois voir ton visage

Avec ta bouche qui s'entrouvre

Avec tes yeux qui cherchent l'ombre

Natacha

L'air que je respire est le tien

Je me baigne dans les grands flots

De tes cheveux abandonnés

Nos navires

Selon le temps selon la mer

Vont calmement ou bien se brisent

Mais c'est toujours pour le plaisir

Natacha


En toi je fais de longs voyages

Les plus beaux les plus délectables

Il me semblait que toi aussi

Tu t'en vas

Tu t'en vas faire le tour du monde

Le vrai cette fois avec des trains

Des Boeings, des machs des turbines

Natacha


Je crois bien que tu reviendras

Non pas que je sois prétentieux

Mais nos voyages c'était bien mieux

A partir
J'aime mieux les rivages ombreux
De notre grand lit aux draps bleus

Où l'on découvrait des merveilles


Sublime texte.




22.4.09

Mezzo-tinto


« Cependant, la possibilité qu’il loue son corps pour parfaire l’expérience, allait au-delà de sa volonté. » IF


Mon corps est un papier gras.
En montant l’escalier, la voix jouait le concert des cendres.

Et l’illusion des dunes photographiait ta main.
Puis à la séance des barres parallèles, nous avons gardé nos jambes cachées sous le manteau.

Les mots réunis
-Nos lèvres sous nos yeux-
Par lesquels la page s’ouvre, le lit en froissements continuels.

Le chamane entre en douce passion.


Peinture sur porcelaine de Chine.
Le rouge est plus difficile à appliquer que le bleu.
Tout est en place quand l’horloger passe, l’œil laborieux, nous rappeler le jaune comme la couleur de la lumière, l’or de l’homme, unique créateur, et sa voix, son souffle, ses incisions charnelles, la liberté de l’esquisse.


L'ange rouge


Ayant un faible pour la culture japonaise, on m'a conseillé le film L'ANGE ROUGE -mais apparemment pas facile à visionner- du réalisateur Yasuzo Masumara, Japon, 1966, Avec Ayako Wako, Shisuko Ashida.


Pendant la guerre sino-japonaise, dans un hôpital de campagne, une jeune infirmière assouvit son désir de domination en couchant avec des soldats mutilés. Même le Dr Okabe, impuissant, est entraîné dans cette tourmente charnelle et violente.
Le synopsis me met l'eau à la bouche.

ICI, un extrait de BLIND BEAST, 1969.



« J’ai vu les nuages venir

Le sang était plein de nuages
Il y en avait dans les yeux
Et sur la nappe où l’on mange »

Benjamin Wechsler/Fondane

La muse de Cordona

21.4.09

JE BOIS


Ici, sur ce blog veux-je dire, les commentaires ne sont pas soumis à la modération, mis à part bien entendu des propos qui se verraient des attaques sans preuves ou du pur mensonge.
Alors, dans l'attente d'accueillir vos insultes et autres fientes venimeuses, je vous souhaite une bonne fin de mois d'avril.
Arrêter de bander est chose plus facile que d'arrêter de boire même si ces deux choses sont sans rapport.
Alors qu'en tant que futur ex-alcoolo (n'ayant pas encore fait toutes mes preuves), deux qui eux, ne seront pas restés dans ce domaine des feignants.
Mon pote Sergio dit Gainsbarre, " Je bois pour m'enlever mon trop-plein de lucidité "
et ce vieux W.C Fields, cabot génial, " Je bois pour rendre les autres intéressants ".

Hieronymus Bosch


Trouvé sur le net, ce qui apparaît être un formidable livre au vu de la source et de son auteur.
Encore une de mes prochaines lectures. Source-Le Matricule des Anges-
Encore une de mes prochaines lectures." Mon intérêt personnel pour Bosch me vient d'une étrange sensation qui me hante depuis ma jeunesse. J'ai le sentiment que, dans une de mes vies antérieures, j'ai été dans la peau d'un disciple de Hieronymus Van Aken et que j'ai contribué à la création de cette oeuvre " : Anatoli Koroliov fait référence au Jardin des délices du peintre flamand. L'écrivain russe, lieutenant de 1971 à 1973, est affecté à la surveillance d'un camp disciplinaire pour soldats. L'ancien étudiant, qui médite sur un roman portant sur la vie de l'artiste, y fait des songes teintés de métempsychose. Ces rêves lui permettent de s'échapper de l'enfer dans lequel il est plongé. C'est aussi pour lui, en transposant la souffrance dont il est le spectateur/acteur au quotidien, un moyen d'accepter son rôle dans l'appareil répressif : " Mon Bosch, c'était ma tour d'ivoire " "

" Koroliov, appelé comme témoin dans un procès tout brejnévien, fait pourtant partie de ceux qui sont étroitement surveillés par le KGB. L'un de ses crimes les plus graves contre l'État ? Avoir lu Boulgakov ! L'ironie de Koroliov est aussi une arme contre le Parti. Si le militaire ne perd pas la raison dans cette prison où les pires sévices sont infligés aux détenus, c'est sans doute parce qu'il se permet les délires les plus mystiques dans ses visions médiévales. Les passages au style flamboyant où l'officier se retrouve aux côtés du maître traduisent en mots les tableaux torturés du peintre et ses hallucinations expiatoires. Le mouvement pendulaire qui rythme le récit nourrit la réflexion de l'auteur. Sorti vainqueur de cette lutte schizophrène, Koroliov élargit son propos. Il évoque le processus créatif " Un artiste doit être un marécage dans lequel les anges s'enlisent ", les théories anarchistes " Lorsque les hommes auront leur espace à eux, on pourra leur demander de suivre leur conscience " et la métaphysique " Toute fragmentation du mal ne fait qu'accroître sa surface ". Un appel à la lutte face à l'oppression. "

Etre Hieronymus Bosch d'Anatoli KoroliovTraduit du russe par Luba Jurgenson

é alors...Lol ? ? ?

Après deux longs mois d'arrêt suite à une entorse mal soignée-fracture à la pointe de la malléole-je viens de reprendre tout doucement.
Vingt petites minutes de footing ce matin, les sensations reviennent, comme quand je suis devant ma table d'écriture. Et puis, bien plus efficace que les anti-dépresseurs et autres anti-inflammatoires...

A lire au plus vite après COURIR d'Echenoz-sur Zatopek- le bouquin du plus grand écrivain japonais encore vivant-selon les dires de certains-: " Autoportrait de l'auteur en coureur de fond " de Haruki MURAKAMI.

“On ne peut éviter d’avoir mal, il dépend de soi de souffrir ou non.”

“Se consumer au mieux à l’intérieur de ses limites individuelles, voilà le principe fondamental de la course”.

My PETGIRLS

Ce fantasme récurrent, vision trouble, magique, une sorte de masochisme (avec soi) dans cette image de la femme-chienne soumise aux vertus de son maître, elle et lui, nourrissant de leurs pensées secrètes l'enfant du diable.

Âmes pures, passez votre chemin...


LCbeat

Le sang d'une dorure

Je rentre de l'école. Il est minuit passé. Le chemin est si dur que l'on dirait du plâtre. Je regarde dans le ciel, la constellation du chien. Qui se met à rugir comme cent chiens affamés. Je crois entendre l'harmonica de Bob Dylan. Quelque part. Pas très loin d'ici, mais suffisamment loin pour que je n'entende pas les paroles. Je marche à la lisière de la forêt, la voix de ma mère, elle est morte hier je crois, me dit : ne t'approche pas de la forêt, jamais, jamais, jamais. La maîtresse dit la même chose, Lola Quartz, c'est un drôle de nom, elle a une tête de poupée salope avec ses longues boucles d'oreilles de pacotille, et ses ongles immenses peints en rouge. Un jour, avant que ma mère ne meure, elle m'a branlé sous le préau, nous n'étions que tous les deux. Elle est arrivée derrière moi et j'ai senti ses mains s'insérer dans mon pantalon, elle a ouvert ma braguette, j'ai éjaculé sur le mur, ça faisait une petite flaque ridicule. Elle a ri et quand son cours a commencé, elle m'a regardé d'un œil mort et intime. Ce soir j'ai envie de pénétrer la forêt. Me masturber contre un tronc d'arbre, comme un ours solitaire.


De drôles d'ombres s'emmêlent dans les arbres, avec un vent foisonnant de mots inaudibles. Je repense à Lola Quartz. Souvent je traînais avant de rentrer dans la salle de classe, espérant qu'elle vienne derrière moi, qu'elle prenne mon sexe dans ses mains, mais elle n'est jamais revenu. Je me demande si elle s'est choisi un autre élève, un qui ne ferait pas de flaque sur le mur, un qui saurait quoi faire d'autre que simplement se répandre dans le silence du préau. Une ombre se détache des autres ombres. On dirait une fille dorée. Qui marche pieds nus sur les branches cassées. J'entends le bruit de ses pas. Mais je n'ai pas peur. Je me cache derrière un tronc aussi dur que du béton. Je crois qu'elle ne m'a pas vu. Elle porte une robe courte, qui dissimule à peine ses cuisses blanches comme une feuille encore vierge. Les bretelles sont fines comme des trombones. Je pense qu'elle a quinze ans, quelque chose comme ça. Elle enlève sa robe et je peux voir ses seins. Un halo bleu enveloppe son corps. Ils sont petits et ronds, d'une beauté affligeante, je n'avais jamais vu de fille nue avant.
Elle ne ressemble par à Lola Quartz. Sa peau enivre la forêt. Il n'y a plus un bruit, même le vent a cessé. Une connivence divine semble avoir pris les bois. J'imagine mon sexe se dresser timidement sous mon pantalon, je l'imagine seulement puisque je ne peux détacher mes yeux de son corps.
Elle ne marche pas, elle glisse comme une liqueur douceâtre dans la gorge. Des fougères mortes ceinturent ses jambes. Son sexe est celui d'une petite fille. Elle fait un tour sur elle-même, je vois ses fesses rebondir légèrement. Je ne sais pas encore si cela doit m'exciter. J'empoigne l'écorce pour ne pas crier. Du sang coule lentement de mes mains, fait une flaque sur la mousse.

Alors, elle s'allonge sur le sol, les morceaux de branches craquent, mangent son corps. Elle semble regarder la lune, les constellations, le ciel rougit. Mes joues brûlent, comme de honte d'assister à tout ça, cette scène dont j'ignore tout. Le halo bleu augmente, explose l'air environnant. Des dizaines de moustiques muets me mordent les bras et le visage. Les arbres étirent leurs branches vers le corps bleuté de celle dont je ne saurais jamais le nom. S'étirent et l'attachent. Lui écartent les membres, elle ne paraît ressentir aucune douleur, je ne vois pas son visage mais je sais qu'elle ne souffre pas. Elle est une croix aux confins d'une forêt magique. Une croix bleue appelant aux plaisir d'une nuit singulière. D'autres branches lui entourent les seins, passent sous ses fesses, autour de sa gorge. Ligotée dans le silence perpétuel du ciel et de la nuit mélangés.
Mes bras étreignent le tronc de l'arbre, comme ils le faisaient sur le corps de ma mère quand elle me couchait ces soirs d'orage et de tempête. Alors que je pense que la fin de la scène est proche, une dernière branche, recouverte d'un lierre doux, se dirige vers le sexe brillant de la fille. Elle y pénètre, doucement, puis en ressort, du sang macule les feuilles, certaines tombent en poussière fine sur la terre. Le souffle de la fille s'entend maintenant, résonne dans la forêt, se faufile entre les arbres spectateurs, frôle ma peau tendue, mes lèvres, mes doigts serrant toujours fort l'écorce. Son souffle remplace le vent, prend la place de chaque étoile de chaque constellation, imbibe le ciel.

Quand le silence revient, la branche pénètre à nouveau le corps, pénètre et ressort, et pénètre, pénètre. Je ne me souviens pas d'avoir ressenti quelque chose d'aussi intime, fort, puissant, avant cet instant. Je ne me souviens même plus d'avoir existé avant cette nuit. Je ne sais plus rien de ma mère, plus rien de sa mort, plus rien de ce qui me constitue. Je me mêle au souffle, au silence de la forêt, à la pénétration extatique de cette branche sanguinolente. Mon corps, maintenant entièrement nu, mon sexe toujours levé en direction de la constellation du chien, s'imprègne de l'odeur de mon arbre jusqu'à s'y fondre intégralement. Au bout de mes bras, à la place des mains, des feuilles de chêne, des bourgeons, la fraîcheur de l'air me fait du bien, me fait me sentir appartenir à la forêt, d'être partie intégrante de ce monde jusque là ignoré. Sur ce qui était mes bras, frémit une pellicule de lierre froid, crissant, murmurant un langage que je ne connais pas. Deux branches rigides, fortes, recouvertes d'un sang frais et vierge. Je ne peux contrôler mes mouvements. Je ne suis plus caché de cette fille offerte à quelques joies incroyables.

Elle est si proche de moi, qu'en cet instant précis, je sais que ce qui se déroule sous mes yeux, pleins d'une sève miraculeuse, n'est en rien un spectacle auquel j'assisterai impuissant.

Il est deux heures du matin, ma mère, ou plutôt le fantôme de ma mère s'approche de moi, glisse sa tête sur mon épaule : tu as fini tes devoirs ? J'acquiesce, silencieux. Depuis cette nuit étrange, j'ai décidé de ne plus parler, jamais, je ne tolère plus les sons qui proviennent de ma gorge, ces sonorités grossières, tapageuses, comme des outrages aux bruissements du vent dans les arbres. Un enregistrement des Gymnopédies d'Éric Satie se diffuse mélancoliquement dans la cuisine, comme un homme buvant son café devant le poêle à bois, à la façon de la solitude glorieuse dont sont faits les silences que l'on n'entend que la nuit.

LCbeat





20.4.09

Papa DOC


« Elisa entra. Elle confia les chandelles allumées à la mambo. Postel et maître Horace s'occupèrent â retourner leurs vêtements. Elisa ressortit pour faire de même. Dans l'obscurité de la cour, elle inversa soutien, slip, mini-jupe et chemisier. Sor Cisa fixa les cierges, deux noirs et trois blancs sur les points qu'elle estimait stratégiques du vevé. Elle saisit un paquet de feuilles vertes et l'orienta vers les quatre points cardinaux en récitant :

Au nom de Loo Danyiso

Au nom de Loko-pomme-d'Adam
Postel aura des couilles de lion
Pour vaincre les fureurs du mât
Ago, Agosy, Agola !


Après ces invocations la Cisafleur prit Loko par la main. Elle le fit pirouetter lentement devant le lit de Postel et improvisa le chant suivant :

Je suis la tête fraîche des arbres

Je suis Loko-Postel le général Loko Silibo Vavoun
Je suis la clef du long chemin d'homme
qui brille jour et nuit
sous ses pieds
le soleil nous suit pas à pas,
agoyé !


Le loa manifesta joie et fierté à l'écoute des paroles qui célébraient ses pouvoirs. Il se détacha de sor Cisa pour danser seul. Il n'était plus un nègre trapu avec un cou de taureau, ni un petit charpentier de Tête-Boeuf, mais un papa-loa qui s'engageait avec grâce dans les chemins africains de son esprit et de son corps. Il dansait le corps incliné, bras et jambes légèrement pliés, avec un jeu frémissant du dos et des épaules. Tantôt il avançait, tantôt il reculait, faisant glisser latéralement les pieds. Tout à coup il attira Elisa : elle fit immédiatement corps avec le rythme qui montait et descendait dans la voix de sor Cisa. Les ondulations des épaules et des reins d'Elisa, ses entrechats, ses fléchissements de genoux, rivalisaient de feinte et de fantaisie avec le ballet félin de son partenaire. Elle releva des deux mains le bas de sa mini-jupe et se mit à le baisser et à l'élever sans cesse. Sa chair, partout dure, pleine, lyrique, ondulait, se cambrait, s'arrondissait, en mesure. Postel la regardait, fasciné. (…)

Quelques instants après sor Cisa cessa de chanter. Elle ouvrit une bouteille, se remplit la bouche d'une lampée de son contenu. Au lieu de l'avaler, elle en vaporisa le visage de Papa Loko. Le saint loa recula de plaisir. Sor Cisa répéta la vaporisation de kimanga sur Elisa, maître Horace et Postel. Chacun se mit à éternuer, les yeux larmoyants, dans une piquante odeur de tafia, de pimprenelle, de piment. Loko se pencha sur Postel. Il le souleva du lit. Il frotta lentement son front contre le sien. Il lui saisit les mains. Il les éleva, à trois reprises vers les points cardinaux et demanda à sor Cisa de les vaporiser. Loko répéta la même opération avec les pieds de Postel. Sor Cisa sortit précipitamment de la pièce. Elle revint aussi vite avec un coq et une poule qu'elle s'empressa de confier au loa. Papa-Loko invita Postel à enlever chemise et pantalon. L'ex-sénateur s'exécuta. Il apparut en caleçon.

- Ça y est, on me déguise en cadavre, songea-t-il.»


René DEPESTRE
Le mât de cocagne

17.4.09

Mort à VENISE

La plus belle scène, la plus émouvante aussi, qu'il m'ait été donnée de voir au cinéma.
Visconti sur les sommets de l'art cinématographique...